Un maire de Saint-Jean-de-Losne sous la Restauration : François MARION

Rue MarionFace à la Mairie, débouche dans la rue de la Liberté une rue semi-piétonne, autrefois maillon de l’artère principale de la départementale 968 qui traversait Saint-Jean-de-Losne en direction de Dijon et qui de nos jours a essentiellement une vocation commerciale. Cette rue s’appelle la rue Marion, du nom d’un ancien maire de la ville qui de 1819 à 1833, siégea à l’Hôtel de ville, soit pendant quatorze ans et à qui l’on doit, non seulement l’installation de l’actuelle mairie dans l’ancien Hôtel Hernoux, mais aussi l’aménagement du cimetière intercommunal à son actuel emplacement, et bien d’autres actions encore au bénéfice de notre ville.

Né le 1er avril 1777 à Athée, François Marion est le fils de Charles Marion, alors chef de brigade dans l’administration des fermes du Roi. Ayant démissionné de ce poste, son père s’installe à Saint-Jean-de-Losne en 1784 comme commerçant, François fréquente alors l’Ecole des Carmes. 1789, la Révolution éclate. Saint-Jean-de-Losne devenu chef-lieu de district voit son administration se créer. A 17 ans, François Marion est embauché le 1er octobre 1790 en qualité de 2e commis dans les bureaux du district. Ses qualités foncières et intellectuelles lui procurent un avancement rapide, puisque dès 1791, il intègre le bureau des communes, poste qu’il occupera peu de temps, puisque la guerre survenant, le gouvernement du Salut Public ordonne la levée des volontaires pour renforcer les armées. A Saint-Jean-de-Losne, nombreux sont les jeunes patriotes qui s’engagent. François Marion est parmi eux ; il rejoint à Dijon le 4e Bataillon des Volontaires de la Côte-d’Or le 14 août 1792. Le 16 août, il est élu capitaine, devenant à 18 ans le plus jeune officier de l’unité, promotion qu’il doit vraisemblablement à l’appui de Louis Coste, membre du Directoire du district qui l’avait apprécié. Sous le commandement du Général Desaix, Marion prend part aux combats menés par l’Armée du Rhin, à l’est du fleuve, puis envoyé en renfort en Ligurie, il deviendra même en 1800 Commandant du 3e Bataillon, dont le chef fut tué à Sotto Paci. Il est cité pour son courage et ses initiatives. Blessé à la jambe gauche, il obtint un congé de six mois jusqu’en 1802. Inapte au service actif, il est nommé à Bordeaux comme Commandant du Recrutement, poste qu’il occupera jusqu’au 31 mai 1804. Le 23 juin 1804, il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur et le 21 août 1806, il est mis à la retraite.

C’est alors qu’il regagne Saint-Jean-de-Losne où il épouse le 22 septembre 1806 Jeanne Giraut. Il est de suite nommé membre du Conseil Municipal, alors présidé par Louis Coste qui restera maire jusqu’en 1819. Lors des Cents Jours, il reprend du service, mais rentre bientôt à Saint-Jean-de-Losne. Le 9 août 1815, la Restauration le mettra sous surveillance de la haute police. Le calme revenu, François Marion, qui jouit de l’estime générale est élu maire et prête serment le 12 août 1819. Il restera maire jusqu’à sa mort. Dès son intronisation, il va s’attaquer aux différents problèmes, tous plus urgents les uns que les autres. Les invasions avaient laissé des traces profondes dans la ville : pont sur la Saône détruit, écoles en plein délabrement, budget inexistant ou presque, emprise de l’administration… Par arrêté du 30 décembre 1819, il prévoit l’assainissement de la ville, en ordonnant l’alignement et le curage des fossés, ainsi que l’aménagement de la Promenade du Bastion du Wauxhall. L’intérêt de la ville était bien sûr la réfection du pont détruit en 1814 et sans lequel tout commerce au-delà de la Saône était impossible. La réparation exigée par le Général autrichien Wimpfen en 1814 n’était que provisoire, mais elle avait coûté 3 391 francs à la ville, somme dont l’administration n’avait jamais accepté le remboursement à la liquidation des dommages de guerre. La reconstruction définitive en pierre allait faire supporter à la ville une dépense de 160 000 francs, charge qui s’avérait insupportable. Cette affaire qui oppose la ville à l’Etat ne trouva sa conclusion qu’en juillet 1824, date à laquelle un accord fut signé, chacune des parties s’engageant à régler 80 000 francs, la contribution de la ville devant s’amortir grâce à l’instauration d’un droit de péage jusqu’à extinction de la dette.

Une autre réalisation de François Marion fut l’aménagement du cimetière. A Saint-Jean-de-Losne, à cette époque, les morts étaient enterrés, non autour de l’église comme cela se pratiquait en maints endroits, mais à l’extrémité de l’actuel quai National où s’élèvent les bâtiments de l’Atelier Fluvial. Cet emplacement faisait courir un grave danger pour la santé publique en raison des crues de la Saône toujours importantes du fait de la non régularisation du cours d’eau. Il fallait donc trouver un autre emplacement, ce qui fut fait grâce à une entente trouvée entre Echenon, Saint-Usage et Saint-Jean, portant sur le terrain qu’occupe l’actuel cimetière. Cette réalisation fût achevée en 1823, les frais étant partagés par moitié pour Saint-Jean et pour un quart pour les deux autres.

Enfin, Saint-Jean doit à François Marion son Hôtel de Ville et ses annexes. L’Hôtel Hernoux, construction en pierre de taille, prolongé par une cour et un jardin, lui-même séparé de la cour par une grille en fer forgé fut acquis, après bien des pourparlers le 12 avril 1830 moyennant la somme de 30 000 francs. Pour amortir cette dépense importante pour l’époque, on vendit la maison d’arrêt, qui n’avait plus d’utilité. Justice de Paix et Tribunal de Commerce vinrent prendre place dans l’immeuble nouvellement acquis.

Rue Marion 1Mais l’action de François Marion ne se limita pas à ces réalisations heureuses pour la cité. Il n’hésitait jamais à arbitrer lui-même les conflits qui ne manquaient pas d’occasions pour surgir entre ses concitoyens. Toutefois, par exception, il n’intervint pas lors d’un incident concernant l’exercice du droit corporatif. Le commerce fluvial sur la Saône entraînait des manipulations de marchandises incessantes. Dockers, portefaix étaient réunis en une corporation d’existence légale, mais qui par ailleurs, entraînait un privilège. L’arrêté du 9 florial de l’an 10 régissait son fonctionnement : nombre de personnes concernées, salaires en particuliers. Or, un certain Lambert, marchand de grains, installa une machine pour lever les sacs et voulut s’affranchir de la tutelle de la corporation. Le 9 février 1820, un conflit violent s’éleva. Malgré son entregent, Marion ne put rien faire et il fallut l’intervention du Préfet pour que le bon droit du grainetier fut reconnu.

Vers 60 ans, la santé de François Marion s’altéra. Il s’en alla consulter un spécialiste à Lyon le 7 octobre 1833. Il s’y éteignit le 9 novembre suivant. Inhumé provisoirement dans la capitale des Gaules, son corps fut ramené à Saint-Jean-de-Losne et enseveli dans le cimetière qu’il avait créé. Sur sa tombe, une épitaphe rappelle son souvenir. Son œuvre, en tant que maire, fut grande et valait bien qu’une rue perpétuât son souvenir et son nom.