Petite histoire sur le blason

 Blason de Saint-Jean-de-Losne

Ecartelé, aux premier et quatrième, semé de fleurs de lys d'or à la bordure componée d'argent et de gueules, aux deuxième et troisième, bandé d'or et d'azur de six pièces à la bordure de gueules, à la champagne d'azur chargée de l'Etoile de la Légion d'Honneur au naturel, suspendue à un fermail avec son ardillon d'or, ce dernier posé en pal.

 
Le blason de Saint-Jean-de-Losne est, de tous ceux de la Côte-d'Or, celui qui a connu, et qui connaît encore, le plus d'avatars. Deux traditions parallèles ont toutes deux la même signification, et toutes deux font allusion à la Belle Défense de 1636 contre les Impériaux. Cette Belle-Défense de la ville, qui obligea Gallas et ses troupes à reculer et protégea ainsi la Bourgogne , se matérialise dans ce blason, qui se compose de deux éléments : l'écu de bourgogne et un fermail (boucle qui maintient fermé un vêtement) signifiant par là que Saint-Jean-de-Losne a fermé la Bourgogne à l'envahisseur. J. Garnier en 1884 et Ph. Dhétel en 1910 l'ont bien vu ainsi.
La première tradition est ainsi définie par ce dernier auteur "Ecartelé de Bourgogne ancien et moderne (Bourgogne-Valois), et sur le tout de gueules à une boucle et son ardillon fermé d'or" de même Guilbert dans son "Histoire des villes de France".
La seconde tradition (ci-dessus), plus connue, figure pour la première fois dans les ouvrages de Pierre de la Planche (1669). L'écu écartelé de Bourgogne est soutenu en pointe d'une champagne d'azur qui est chargé du fermail et de son ardillon d'or. Ce sera là la figuration traditionnelle des armoiries de Saint-Jean-de-Losne et la seule vraiment authentique.
Le 22 mai 1815, pendant les Cent-Jours, Napoléon 1er accorda la Légion d'Honneur aux Villes de Tournus, Chalon-sur-Saône et Saint-Jean-de-Losne pour la belle conduite qu'elles avaient eu dans les semaines précédentes. Un mois après, l'empereur disparaissait pour ne plus revenir.
Sous la restauration, la ville ne se préoccupa de reprendre ses armes, ou, du moins, d'y faire figurer l'Etoile de la Légion d'Honneur.
Ce ne fut qu'en 1831 qu'elle s'en soucia. Une ordonnance du roi Louis-Philippe du 15 mars 1831 l'autorisa à placer dans ses armoiries cette croix de la Légion d'Honneur ; mais alors, les fleurs de lys étaient prohibées par le nouveau Régime. On les effaça donc de l'écu de Bourgogne et l'Ordonnance Royale les remplaça au premier quartier par un aigle, et au quatrième par un casque, symboles guerriers.
Marion, Maire de Saint-Jean, autorisé par son Conseil Municipal, obtint du roi des lettres-patentes le 1er octobre 1831, qui définissaient ainsi les armoiries de la ville : Ecartelé, au premier et quatrième, d'azur à la bordure componnée d'argent et de gueules, chargée savoir : le premier quartier d'un aigle d'or, le quatrième d'un casque aussi d'or ; au deuxième et troisième, bandés d'azur et d'or à la bordure de gueules ; le tout soutenu d'une champagne d'azur chargée d'un fermail d'or auquel est suspendue la décoration de la Légion d'Honneur, "couleurs naturelles".
Ainsi, de 1831 à 1884, cette version prévalut. Elle convenait parfaitement au Second Empire. En 1884, le Conseil Municipal sollicita du Gouvernement l'autorisation de reprendre ses armes traditionnelles, et de faire disparaître l'accoutrement ridicule qu'elles avaient subies en 1831 et ne rappelait plus la Belle Défense. Mal lui en prit, car la République, qui ne se souciait guère d'armoiries fleurdelysée et même d'armoiries tout court, fit remplacer le casque par une tête de République ; le fermail lui-même avait disparu peu à peu, remplacé par un ruban et une boucle rouge.
C'est malheusement cet écu défiguré et sans signification qui a cours encore trop souvent malgré le rétablissement approuvé en 1860 des armes anciennes, qui figurent exactement peintes dans la Salle du Conseil Général de la Côte-d'Or.